Préfaces

Trois ans après Ville Magique qui avait révélé au grand public la fascination des artistes de l’entre-deux guerres pour les métropoles occidentales, le LaM répond une nouvelle fois à la dynamique d’événements culturels de Lille3000, regroupé cette année autour du thème de la « Renaissance », à travers une manifestation de grande ampleur : Là où commence le jour,.

Cette exposition ambitieuse réunit plus de cent trente œuvres d’art contemporain provenant des plus importantes collections publiques européennes (le Musée national d’art moderne, le Musée d’art moderne de la Ville de Paris, le Centre national des arts plastiques, le MacVal, le CAPC Musée d’art contemporain de Bordeaux, le Musée de Flandre de Cassel, le Musée des Beaux-Arts de Nantes, sans oublier le Van Abbemuseum d’Eindhoven, et le MAC’s Musée des arts contemporains de la Fédération Wallonie-Bruxelles au Grand-Hornu), de galeries et de collections privées, et des artistes eux-mêmes qui ont confié au musée des œuvres inconnues ou inédites, dont six productions réalisées pour l’occasion.

Cet ensemble exceptionnel est mis en dialogue, et c’est là l’un des aspects particulièrement innovants de ce projet, avec une trentaine des dessins, de gravures, d’objets ou d’ouvrages anciens datant du Moyen Âge ou de la Renaissance, et provenant du Musée du Louvre, de la Bibliothèque nationale de France, de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris, de la bibliothèque Sainte-Geneviève, de la bibliothèque universitaire de Lille3 et de la bibliothèque municipale de Valenciennes, dont plusieurs incunables et manuscrits originaux. C’est l’une des qualités indéniables de cette exposition : éclairer notre XXIe siècle par les enjeux et les œuvres de la Renaissance.

À partir de l’avènement de l’imprimerie au milieu du XVe siècle, la quête de connaissance et de culture de l’être humain connaît un développement sans précédent. D’autant plus que les nouveaux humanistes découvrent, tout au long de la Renaissance, de nouveaux continents, de nouveaux savoirs, de nouvelles sciences, et surtout de nouvelles façons de voir, de comprendre, de représenter et d’enseigner le monde. Les livres en seront les messagers privilégiés.

Mais cet optimisme créateur, cette espérance en l’homme et sa puissance d’invention, cette croyance dans le progrès humain et le dépassement de soi n’est pas l’apanage de la Renaissance. La seconde moitié du XXe siècle et ce début du XXIe siècle ont produit des remises en cause, des bouleversements et des avancées particulièrement riches et fécondes, dans le champ des arts visuels notamment, de la pratique de la performance à l’inscription de l’acte artistique au sein du territoire naturel en passant par les premières expérimentations du médium vidéo. L’arrivée des nouvelles technologies numériques – événement presque aussi marquant que l’invention de l’imprimerie par Gutenberg – et la mondialisation ont parachevé ces nouvelles approches artistiques de l’homme et du monde.

Là où commence le jour, s’en fait ainsi l’écho en déroulant tout au long des salles d’exposition temporaire du musée, et d’œuvre en œuvre, un récit visuel sensible et poétique ayant valeur de fable initiatique. Mais il n’oublie pas l’aujourd’hui. En effet, pour la première fois au musée, grâce au soutien fidèle et attentif du cercle d’entreprises mécènes du LaM Regards et Entreprises, la signalétique de l’exposition, ainsi que son catalogue, seront exclusivement numérique.

Ce voyage auquel nous invite Là où commence le jour, ne s’achève donc pas aux portes du musée, mais se prolonge au cœur de chaque ordinateur, de chaque tablette ou de chaque téléphone, nouvelles formes du livre contemporain. Le LaM demeure ainsi fidèle à sa vocation de musée ouvert sur tout le territoire de la métropole et à son esprit d’expérimentation et d’innovation afin que l’art soit accessible et partagé par le plus grand nombre, et la rencontre avec l’œuvre toujours « renaissante ».

Damien Castelain, Président de la Métropole européenne de Lille


L’occasion lui étant donnée par lille3000, le LaM a souhaité rendre hommage aux humanistes de la Renaissance. L’exposition Là où commence le jour, met ainsi en correspondance une trentaine de livres, de gravures, de dessins et d’objets datant de la fin du Moyen Âge et de la Renaissance, et plus de cent trente sculptures, installations, photographies, vidéos, dessins et peintures contemporaines. Au-delà de leur contexte historique respectif, les œuvres dialoguent et se répondent, au fur et à mesure que l’on feuillette symboliquement les pages d’un récit visuel mis en espace. Car la forme même de l’exposition adopte celle d’une fable sensible et mystérieuse, d’un voyage sans autre objectif que l’expérience du voyage lui-même, un peu à la manière de L’Odyssée d’Homère, des Métamorphoses d’Ovide et de La Divine Comédie de Dante. Le procédé n’est pas inédit, mais le musée le développe avec la singularité et la transversalité qui le caractérisent. Une nouvelle fois cette maison du monde qu’est un musée part de l’être humain, et de ce qu’il est capable d’accomplir, par le libre jeu de son intelligence et de son imagination.

Les érudits de la Renaissance pensaient que la recherche de la vérité, l’analyse cartographique du cosmos et du monde, la contemplation de la beauté ou l’émerveillement face aux richesses de la nature composaient une seule et même polyphonie apte à constituer l’honnête homme, à la convergence du savoir et de la sensibilité. Le mérite de cette exposition est de démontrer que cet espoir est encore celui des artistes de la seconde moitié du XXe siècle et du début du XXIe siècle et, finalement, le nôtre. Si le monde actuel nous semble plus que jamais chiffré, et l’art qui est sensé le décrypter plus complexe encore, il est à la fois rassérénant et fascinant de constater la permanence de cette soif d’absolu. Ainsi, ces œuvres d’hier et d’aujourd’hui peuvent redevenir tout à fait intimes.

Je tiens à remercier l’ensemble des prêteurs publics et privés qui ont accepté de se séparer de leurs œuvres, sans oublier les galeries et les artistes qui nous ont ouvert les portes de leur réserve ou de leur atelier afin de nous confier des pièces peu montrées, encore inconnues ou qu’ils ont spécialement réalisées pour ce projet. La parfaite réussite de cette exposition doit beaucoup à leurs deux commissaires, Marc Donnadieu et Pauline Créteur, qui ont rêvé puis bâti ce projet avec passion, engagement et patience, et à toute l’équipe du musée qui a accepté de les suivre, un peu à la manière du voyageur invité à traverser les salles. Saluons également la créativité de Nicolas Hubert et de l’agence Berthon + Kravtsova (Georgiana Savuta, Olivia Berthon et Julia Kravtsova), metteurs en scènes de notre récit. Nous voulons aussi exprimer toute notre gratitude à notre infatigable et créatif cercle d’entreprises partenaires du LaM, Regards & Entreprises, qui a choisi de nous accompagner dans la réalisation d’une signalétique et d’un catalogue exclusivement numériques, ainsi qu’Éric Plumey, Directeur général de Vinci Énergie France Nord et Philippe Merviel, Directeur régional du Crédit du Nord, mécènes de l’exposition.

Sophie Lévy, Directrice Conservatrice du LaM