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Sculpture
Animaux / Saints et personnages mythologiques

Saint Clair Cemin

Cruz Alta (Brésil), 1951 – Vit à New York (New York, États-Unis), travaille entre Brooklyn (New York, États-Unis) et la Chine

Tête animalière et dent de narval

Groenland, XXe siècle

Dent de narval, bronze

Socle : 48 x 30 x 50 cm, dent de narval : 240 cm de haut

Musée de la Chasse et de la Nature, Paris


Cette immense défense en ivoire est celle d’un narval, animal marin vivant en communauté dans les eaux de l’océan Arctique. Afin de pouvoir la présenter, le Musée de la Chasse et de la Nature a fait commande à l’artiste contemporain Saint Clair Cemin d’un socle en bronze. Celui-ci l’a réalisé sous forme de tête animalière évoquant plus ou moins un cheval. Aussi l’artiste a-t-il réinscrit cet élément naturel au sein de la légende qui a fait sa réputation : celle de la licorne, créature chimérique mi-cheval, mi-chèvre blanche, dotée d’une corne unique et torsadée au milieu du front et souvent associée à l’innocence, à la grâce et à la pureté.
La dent de narval a été utilisée comme une preuve matérielle qui a fait perdurer la croyance en l’existence de la licorne, un des animaux fantastiques les plus répandus au Moyen Âge et à la Renaissance, dont l’invention date de la Grèce antique et la mention est présente dans certaines traductions de la Bible jusqu’à ce que l’on fasse le lien avec la dent de narval au XVIIIe siècle. On la retrouve d’ailleurs citée par Barthélemy l’Anglais dans De la propriété des choses (1485) et dans l’illustration de La Cosmographie universelle de Sebastian Münster (1552) présentée dans l’exposition. La population restreinte et l’environnement limité de ce cétacé n’ont fait qu’entretenir le mythe de la licorne. L’histoire qui relie la dent de narval et la corne de la licorne est une parfaite illustration de l’évolution des savoirs, des techniques et des échanges scientifiques au cours de la Renaissance et durant le Siècle des lumières.
Très paradoxalement, c’est la science qui a mis en lumière le caractère presque magique du narval. Outre la peau de l’animal qui évolue au fur et à mesure de son existence du bleu gris au blanc en passant par le bleu noir puis le noir, la fonction même de cette « dent » principalement portée par les mâles a été débattue durant plusieurs siècles. L’hypothèse la plus vraisemblable serait celle d’une hypersensibilité unique en milieu naturel, permettant de se défendre, de détecter les hormones féminines, de mesurer les propriétés de l’eau. Sa consistance elle-même réserve quelques surprises : alors que sa parfaite verticalité – mise en valeur par le socle de bronze de Saint Clair Cemin – la fait paraître rigide, elle est en réalité souple, flexible, et peut se courber. La pratique artistique est ainsi susceptible d’aller à l’encontre de plusieurs siècles d’explorations et de recherches, et remettre en scène des croyances magiques et ancestrales aujourd’hui oubliées.

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