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Video
Cercle et sphère / Femme

Mircea Cantor

Oradea (Roumanie), 1977 – Vit et travaille sur Terre

Sic Transit Gloria Mundi

[Ainsi passe la gloire du monde], 2012

Film sonore en couleur Son : Simandre de la Monastère Putna

4 minutes et 6 secondes

Courtesy Mircea Cantor, Magazzino, Rome et Dvir Gallery, Tel Aviv


Dans cette vidéo pleine de recueillement et de spiritualité, trente-trois mendiants en cercle, habillés de couleurs ternes et foncées, face collée au sol et main tendue, semblent se tenir prêts à endurer un rituel religieux ou mystique. Une belle et jeune femme, habillée d’une robe drapée d’un blanc immaculé, se tient au milieu de ce cercle, un rouleau de mèche entre les mains. Après avoir effectué un premier tour complet pour distribuer cette mèche dans les mains ouvertes, elle l’enflamme, puis continue sa ronde afin d’en répartir le reste. La caméra, portée par le rythme syncopé de la musique, suit l’action alternativement au ras du sol, en plan serré et en plan large. Arrivée à l’extrémité du rouleau, la prêtresse sort du cercle pour accueillir enfin elle-même la flamme. Au moment exact de la fin de la mèche – qu’elle lâche impassiblement d’entre ses doigts – et d’un claquement sec de la musique – dont le rythme jusque-là n’avait fait qu’accélérer –, la vidéo prend fin. Enregistré par l’artiste dans le monastère de Putna, situé dans les montagnes roumaines, le son qui accompagne les images est produit par une simandre, instrument qui sert à l’appel à la prière. Elle est ici particulièrement envoûtante, en accord avec la cérémonie accomplie par cette vestale du feu sacré.
Le titre de l’œuvre réfère, lui, au rituel d’intronisation de chaque nouveau pape, durant lequel un moine brûle trois mèches afin de lui rappeler le caractère éphémère de la vie et de la gloire en déclarant « Sic Transit Gloria Mundi [Ainsi passe la gloire du monde] ». Ce cérémonial, qui a toujours cours actuellement, impressionne particulièrement l’artiste, non pour des questions religieuses, mais pour son déroulé proche de la performance et son message à portée symbolique. Il a donc souhaité le rendre intemporel et universel à travers une vidéo simple et profonde, fascinante et émouvante. Selon Mircea Cantor, nous sommes tous des mendiants, et ce depuis notre naissance. La flamme, qui passe de paume en paume et fait tressaillir les doigts, figure les événements qui scandent chaque vie, ces événements que l’on choisit ou que l’on subit, que l’on attend, que l’on nous offre et que l’on partage parfois avec d’autres. Ces événements semblent néanmoins n’affecter en aucune façon la prêtresse, dont le visage neutre et distant – tel celui de la divinité de la Fortune – ne laisse transparaître aucune émotion.
D’une certaine manière, cette œuvre synthétise deux types d’humilité : l’humilité des quémandeurs et l’humilité de celui à qui l’on rappelle la finitude humaine, incarnée par cette mèche qui file trop vite et s’achève inéluctablement, alors même qu’on la voudrait éternelle.

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