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Installation
Bizzareries et étrangetés / Outils

Yazid Oulab

Constantine (Algérie), 1958 – Vit et travaille à Marseille

Sans titre

2006

Peau de mouton, marbre

45 x 145 x 2 cm

Collection particulière


Ce couteau hors norme, dont la forme a été découpée par Yazid Oulab dans une peau de mouton trouvée à Marseille au cours de la fête de l’Aïd el-Kébir, fait référence au couteau sacrificiel d’Abraham commun aux trois religions monothéistes. Dans la Bible, au moment où Abraham s’empare d’un couteau pour égorger son fils, un ange intercède et lui demande de tuer à la place un bélier se trouvant non loin (Genèse, 22, 1-12). Dans le Coran, Abraham est récompensé de s’être soumis au songe envoyé par Dieu qui sauve son fils (Coran, 37, 101-109). Le nœud de ce récit, et par conséquent de la sculpture de Yazid Oulab, tient au renversement de situation produit par l’intervention divine qui sauve le fils d’Abraham et sacrifie l’animal afin d’affirmer une alliance fondatrice entre Dieu et l’homme. À travers cette sculpture, Yazid Oulab tente ainsi de synthétiser les différentes interprétations judéo-chrétiennes et musulmanes autour de l’interdiction édictée de sacrifier l’être humain.
Alors que dans la culture musulmane c’est un instrument commémoré par l’égorgement rituel de l’Aïd el-Kébir, le couteau dans la culture chrétienne est associé à un certain fantasme du crime. L’outil étant ici fabriqué à partir de la peau du sacrifié, des confrontations et des complémentarités s’entrecroisent entre figurant et figuré : la chaleur, la douceur, la souplesse de la laine s’opposent par exemple au froid, au tranchant et à la dureté de la lame ; l’organique et le naturel donnent forme au métallique et au culturel. Le couteau relie ainsi ici des positions, des notions, des signes ou des sensations habituellement irréconciliables, comme la victime et son bourreau. Ce jeu d’antagonismes est mis en abîme par un troisième élément ouvrant d’autant plus la perception et la réflexion : une plaque de marbre blanc sert de présentoir au couteau. À la fois synonyme de plan de travail et de plaque funéraire, on peut y lire une mise en écho entre le minéral et l’organique, la roche et la chair, le durable et le périssable, le vivant et le mort, le profane et le sacré.

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Œuvre

Sans titre
Sans titre, 2006
Yazid Oulab