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Estampe
Saints et personnages mythologiques / Homme / Nature

Albrecht Dürer

Nuremberg (Allemagne), 1471 – Nuremberg (Allemagne), 1528

[Saint Christophe traversant l’eau]

1511

Gravure sur bois

11, 8 x 7,4 cm

Collection École Nationale Supérieure des Beaux-Arts, Paris


Saint Christophe, patron des voyageurs, est fréquemment représenté par les artistes. Albrecht Dürer en réalise quatre interprétations distinctes sur bois, mais aussi au burin. Sur l’exemplaire présenté dans l’exposition, l’artiste s’attache à son rôle de passeur qui trouve sa source dans la Légende dorée rédigée entre 1261 et 1266 par le dominicain et archevêque de Gênes Jacques de Voragine (1228-1298).
Christophe dérive des mots grecs Khristos [Christ] et phorein [porter], autrement dit « celui qui porte le Christ ». En effet, Christophe de Lycie, dit saint Christophe, est un géant familier et légendaire de terrible allure initialement nommé « Réprouvé ». À la recherche de Jésus-Christ, il interroge un ermite qui l’invite à se poster au bord d’un fleuve et à aider toute personne qui souhaite le franchir. Un matin, il porte assistance à un petit enfant en le juchant sur ses épaules. Le poids du garçon croît au fil de la traversée alors que le fleuve se fait de plus en plus tumultueux. Arrivé sur l’autre berge, saint Christophe lui fait alors cette remarque : « Enfant, tu m’as exposé à un grand danger, et tu m’as tant pesé que si j’avais eu le monde entier sur moi, je ne sais si j’aurais eu plus lourd à porter. » Et l’enfant de répondre : « Ne t’en étonne pas, Christophe, tu n’as pas eu seulement tout le monde sur toi, mais tu as porté sur les épaules celui qui a créé le monde : car je suis le Christ ton roi. […] »
Sur le plan symbolique, cette représentation fait le lien avec l’iconographie égyptienne représentant le dieu Anubis, passeur des âmes après la mort. Il peut de même être rapproché de la figure mythologique gréco-romaine de Charon, également passeur des âmes défuntes sur le fleuve Styx, ou de celle d’Atlas portant le monde. D’un autre côté, on peut la relier aux nombreux épisodes de la Bible où Jésus, face à ceux qui doutent, n’apparaît pas sous son vrai visage, mais selon une figure anonyme et ordinaire qui se mêle à un groupe ou à la foule afin de questionner la profondeur de leur foi. À partir du XVe siècle, cette traversée du fleuve par saint Christophe est un prétexte à représenter le paysage de plus en plus précisément : l’onde produite par la marche dans l’eau, l’action du vent, le mouvement des nuages, autant de phénomènes naturels que les savants ont décryptés et maîtrisés. On les retrouve ainsi à l’œuvre dans la gravure de Dürer.

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