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Installation
Miroir / Empreinte

Alicja Kwade

Katowice (Pologne), 1979 – Vit et travaille à Berlin (Allemagne)

Revival of Dead Elements

2015

Miroir, bronze

211 x 80 x 156 cm

Courtesy Alicja Kwade et kamel mennour, Paris


Face à cette œuvre, de notre reflet dans le miroir altéré, de la lance en métal qui est à l’origine de cette altération ou de la zone de fusion presque épidermique entre la tige et le miroir, il est quasiment impossible de distinguer ce par quoi notre regard est le plus attiré. Par une entreprise alchimiste dont nous ignorons le procédé – mais qui n’est pas sans rappeler la scène du miroir liquide dans Le Sang d’un poète (1930) de Jean Cocteau –, la tige pénètre à l’intérieur du miroir et par la même occasion en altère la nature, la matière et la fonction. Au-delà de cette rencontre inédite entre le métal et le verre, la pointe acérée et la surface lisse, cette fusion entre la lance et le miroir ouvre une brèche entre le réel et l’imaginaire. Tout s’y disjoint et tout s’y relie dans un même mouvement que semble ainsi animer un esprit invisible et malicieux.
Alicja Kwade, en assemblant deux objets a priori ordinaires, produit une situation inédite qui interpelle et fascine le visiteur, et par là même interroge nos perceptions à différents niveaux : celui de notre regard qui est interpelé par un reflet inaccoutumé, celui de notre pensée qui est confrontée à des matériaux ordinaires qui se révèlent soudain extraordinaires, et celui du temps qui semble se figer ou couler sur un rythme insoupçonné. En effet, la surface modifiée du miroir donne d’une part l’impression d’une dilatation du temps, et il semblerait d’autre part que nous assistions au mouvement suspendu de la fusion de la tige et du miroir, et de la transformation de notre reflet et du miroir. Vanité revisitée qui se joue des apparences et des illusions, cette œuvre est tout à la fois une réflexion métaphysique et violente sur la nature des choses, une démonstration de technicité et de savoir-faire, et une narration mystérieuse et effrayant. Elle sauvegarde et préserve surtout l’inventivité du doute et la fertilité de l’étrange.

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