No Light in White Light, 2014 [EXTRAIT]
Charbel-joseph H. Boutros
S9 cjhb nolight11.large
Video
Temps / Apprentissage / Homme / Nature / Livre / Lumière

Charbel-joseph H. Boutros

Mont Liban (Liban), 1981 – Vit et travaille entre Beyrouth (Liban) et Paris

No Light in White Light

[Pas de lumière dans la lumière blanche], 2014

Film sonore en couleur

11 minutes

Courtesy Charbel-joseph H. Boutros et GreyNoise, Dubaï


Entretien entre Charbel-joseph H. Boutros et Ismaïl Bahri, accompagné par Mouna Mekouar


Dans cette vidéo, Charbel-joseph H. Boutros, artiste né au Mont Liban, met en scène ses propres origines et l’origine du monde lui-même. Il a en effet demandé à un prêtre syriaque de lire la Genèse et des textes liés à la création du monde au cœur d’une des forêts du Mont Liban, quelques instants avant le crépuscule. Celui-ci le fait à voix haute, à partir de ses propres exemplaires des livres sacrés, en araméen, langue parlée au temps de Jésus.
Alors que la lecture du livre dans le réel se fait de plus en plus difficile pour le prêtre, la nuit venant peu à peu obscurcir les pages jusqu’à l’illisibilité la plus complète, à l’image le livre qu’il tient dans les mains passe d’un gris général à un blanc de plus en plus éclatant et presque aveuglant. Le titre comme cet effet visuel nous invitent ainsi à interpréter cette œuvre vidéo comme une parabole : la lumière blanche de l’image ne peut pas contenir la lumière de la connaissance, l’obscurité de la nuit non plus, les contraires et les extrêmes annulant toute possibilité de discernement. Ne dit-on pas que l’on est aveuglé par la lumière du soleil comme par la nuit ? Et dans le récit de la Genèse, le premier jour n’est-il pas celui de la séparation de la lumière et des ténèbres afin que le jour advienne ? Pour que la pensée, la compréhension, l’entendement, aient lieu, il faut donc que le visible et le lisible se maintiennent dans ce point d’équilibre que consacre le jour.
Cette réflexion universelle comporte aussi une note autobiographique. En effet, la racine du nom Liban provient d’un mot signifiant le « blanc », en référence au manteau neigeux qui recouvre le Mont Liban. Au fil de la vidéo, la langue du prêtre, véritable mélopée, se mêle au chant des oiseaux et à l’atmosphère paisible et sereine de la forêt, en devient presque envoûtante, telle une expérience particulièrement physique, sensible et poétique de la lecture qui s’envole vers les sommets et le ciel.

← Œuvre précédente Œuvre suivante →