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Sculpture
Animaux

Jan Fabre

Anvers (Belgique), 1958 – Vit et travaille à Anvers (Belgique)

Les Messagers de la mort décapités. L’Annonciateur du froid

2006

Matériaux mixtes (plumes, tissu)

39 x 63 x 81 cm

Musée départemental de Flandre, Cassel


Au sein du cabinet de curiosités rempli d’objets mystérieux et d’armes magiques, trône un hibou blanc à taches noires et au bec pointu. Sa posture et sa droiture le désignent comme le gardien de ces trésors qu’il couve d’un regard clair et fixe, inquiétant et hypnotique. Créature de la nuit porteuse de différents symboles, le hibou peut tout autant incarner la sagesse que la folie, l’ésotérisme ou le surnaturel d’un lieu ou d’une scène, notamment dans l’art traditionnel flamand dont l’artiste reprend ici le réalisme extrême. De par son intensité, son regard défie le visiteur qui, dès lors, ne sait si le hibou l’attend, le surveille, le protège ou se prépare à l’attaquer. Quoi qu’il en soit, il est repéré.
À l’occasion d’une carte blanche donnée à l’artiste par le musée des Beaux-Arts d’Anvers en 2006, Jan Fabre a créé sept têtes de hiboux – Les Messagers de la mort décapités –, présentés face à La Chute des anges rebelles de Frans Floris Ier (1517-1570) en assemblée autour d’une table – le hibou blanc occupant déjà une place centrale. Cette mise en scène presque apocalyptique symbolise le combat entre l’archange Michel et les anges voulant défendre l’entrée du paradis d’une part, et l’armée du dragon à sept têtes, composée d’anges rebelles et d’humains à faces animales et monstrueuses, voulant y pénétrer d’autre part. Les hiboux encadrent cette lutte entre le bien et le mal sans vouloir réellement y prendre part. Animaux décapités à l’allure anthropomorphe – ne pourrait-il pas s’agir là de masques rituels tout à la fois anciens et contemporains ? –, ils peuvent ainsi tour à tour évoquer la blancheur et le paradis, la nuit et la mort, le rêve et le cauchemar, thématiques chères à Jan Fabre. Ou, dans le cas de notre hibou particulier, dénommé L’Annonciateur du froid, le gel, matière même du plus profond des enfers, ainsi que le décrit Dante dans La Divine Comédie.
À la fois gardien et sujet d’étude au sein de ce cabinet de curiosités, il est peut-être également celui qui a glacé le livre, la montre et le trousseau de clefs de Laurent Pernot.

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