La Mirada del Ciclope, 2001-2002
Oscar Muñoz
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Video
Homme / Empreinte / Main

Oscar Muñoz

Popayan (Colombie), 1951 – Vit et travaille à Cali (Colombie)

La Mirada del Ciclope

[Le Regard du cyclope], 2001-2002

Film sans son en noir et blanc

12 minutes

Courtesy Oscar Muñoz et Galerie Mor Charpentier, Paris


Tout à la fois simple et déroutante, cette vidéo d’Oscar Muñoz se joue de notre perception visuelle à partir du thème du masque. Celui-ci apparaît en effet à l’image tour à tour concave ou convexe, et donne l’impression, de par son cadrage, que la main qui le manipule est celle du spectateur lui-même, alors qu’il s’agit en réalité de l’empreinte du visage de l’artiste.
Oscar Muñoz s’attache souvent au rapport de représentation entre l’objet et son image, ici à partir d’une des plus anciennes techniques du portrait : le moulage par contact. Depuis la Rome antique, cette pratique liée au rituel mortuaire permet de conserver la mémoire du visage de ses aïeux dans le foyer. Elle est ici contrariée par la bidimensionnalité de l’objectif de la caméra, ce que souligne le titre de l’œuvre, le viseur pouvant être considéré comme l’unique œil du cyclope qui dévore tout. Cet aplatissement de l’objet par la captation audiovisuelle en modifie donc la nature et permet de jouer sur des couples de notions contraires telles que le concave et le convexe, l’intérieur et l’extérieur, le négatif et le positif, la présence et l’absence, l’œil unique et ouvert du cyclope et les deux yeux fermés de l’artiste, la vie et la mort, etc. Ces ambivalences également présentes chez Pascal Convert mettent ici la propre existence de l’artiste dans une situation ambiguë et complexe, surtout lorsqu’on sait qu’Oscar Muñoz considère cette œuvre comme analogique au processus de deuil. Souvent long et douloureux, celui-ci nous laisse parfois croire que la disparition n’a pas eu lieu. Et l’on est dès lors persuadés que le visage est bien convexe, la phase de déni nous empêchant de voir la cavité, quand bien même la main qui tient le masque nous prouve sa réalité concave.

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