S4 lc femmenue.large
Dessin
Femme

Lucas Cranach

Kronach (Allemagne), 1472 – Weimar (Allemagne), 1553

[Femme nue debout dans un paysage (Vénus ?)]

1517

Crayons de couleur

28,8 x 19,4 cm

Collection École nationale supérieure des Beaux-Arts, Paris


Ce précieux dessin de Lucas Cranach représente une femme dénudée dans un paysage naturel où l’on aperçoit quelques éléments de végétation, la silhouette de bâtiments indiquant probablement une cité, et un horizon montagneux. La jeune femme semble sur le point de laisser tomber au sol le voile qui lui servait peut-être de vêtement. De l’autre main, elle tient sur son cœur un objet étrange, que l’observateur contemporain a du mal à décrypter, mais qui devait être tout à fait compréhensible au XVIe siècle. Le visage penché, les yeux mi-clos, elle arbore une coiffure soignée faite d’un lacet et d’un petit voile transparent qui se détache sur son front. Ce dernier est le plus visible des voiles que porte la jeune femme, car n’y aurait-il pas quelque voile translucide couvrant son corps, comme l'artiste a l'habitude d'en figurer ? Cette suite de voiles plus ou moins perceptibles apporte à ce nu féminin un caractère sensuel et presque érotique. Vénus, désirant séduire, s’offre ainsi selon une posture tout à la fois pudique et impudique, mutine et invitante.
Ces voiles transparents sur un corps nu et isolé dans un paysage, associés à la coiffure sophistiquée, aux yeux en amande et à la délicatesse du visage, sont caractéristiques des très nombreuses représentations de nus féminins – et plus particulièrement de Vénus – chez Lucas Cranach, dont on connaît néanmoins davantage les peintures à fond sombre sur ce même thème. D’une beauté codifiée et harmonisée, les nus féminins se font récurrents durant la Renaissance italienne avant de devenir un des thèmes privilégiés de la Renaissance allemande. Ces nombreuses œuvres sont le fruit de commandes d’une clientèle humaniste amatrice de ces représentations à connotation libertine, mais légitimées par des références mythologiques – ici ce qui pourrait être le thème de la pomme de la discorde que Vénus remporte en promettant l’amour de la belle Hélène à Pâris.

← Œuvre précédente Œuvre suivante →