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Sculpture
Géométrie

Raphaël Denis

Paris, 1979 – Vit et travaille entre Paris et Bruxelles (Belgique)

Élément

2015

Acier et fonte plomb

6 x 5,4 x 5,4

Courtesy Raphaël Denis et Galerie Sator, Paris


Textes de Raphaël Denis et de Julie Crenn à propos d’Élément


Cette petite pierre, semblant tout droit sortie de la gravure Melencolia I d’Albrecht Dürer, offre à celui qui la regarde attentivement la possibilité d’apercevoir les faces cachées de celle de l’estampe du grand maître de la Renaissance. En fait, elle n’est qu’une des multiples variantes que Raphaël Denis a réalisées autour de ce célèbre polyèdre de Dürer qui fait couler tant d’encre autour de sa forme complète et de sa signification réelle. Nombreux sont les artistes qui, comme Raphaël Denis, se sont penchés sur le mystère et la fascination qui entourent cette pierre de la mélancolie, afin d’en comprendre la forme et le contenu, d’en extraire la plus infime donnée matérielle et intellectuelle, et ainsi d’en exécuter des copies, des miniatures, des extensions, des alternatives, voire des parodies, dessinées, gravées, peintes, sculptées ou photographiées. Celle produite par l’artiste spécialement pour l’exposition est à la dimension presque exacte de celle présente dans la gravure de Dürer. D’une certaine façon, elle est un double parfait en trois dimensions, sans pour autant se départir d’une même poésie et ambiguïté.
Parfois simplement considéré comme un cube aux coins tronqués de manière plus ou moins aléatoire, le polyèdre se définit pourtant, de par sa complexité géométrique et volumétrique, comme le résultat tangible de l’imperfection de la pensée humaine et des limites de son savoir. Approprié par des créateurs de tous horizons – d’Alberto Giacometti en 1933-1934 à Raphaël Denis aujourd’hui –, nombre d’artistes n’ont eu de cesse de répondre au triple défi plastique, conceptuel et métaphysique lancé par Dürer il y a cinq siècles à travers le polyèdre de Melencolia I. Faire renaître encore et toujours ce motif aussi énigmatique qu’éternel afin de le déchiffrer et de le comprendre n’appartient ainsi qu’à la pratique artistique et à l’histoire des arts. Et il demeure un symbole fédérateur propre aux artistes et à leur quête insatiable de création, de représentation et de renaissance.

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