S6 da fleck1.large
Der Fleck
Der Fleck
Photographie
Apprentissage / Homme / Empreinte

Dieter Appelt

Niemegk (Allemagne), 1935 – Vit et travaille à Berlin (Allemagne)

Der Fleck

[Autoportrait au miroir], 1978

Épreuves gélatino-argentique sur papier

50 x 60 cm chaque élément

Collection particulière
Courtesy Galerie Françoise Paviot, Paris


À partir du thème éternel de la première identification de soi par la contemplation de son propre reflet, qu’incarne principalement la figure de Narcisse, Dieter Appelt en renverse le propos à travers son Autoportrait au miroir. En effet, en approchant son visage du miroir, il brouille toute possibilité de reflet, car son propre souffle, chargé d’humidité, dépose un nuage de buée sur la surface en verre.
Vapeur sortie de la bouche et recouvrant le miroir, le pneuma, qui pourrait entrer dans la symbolique de l’effacement, peut être ici considéré comme la vérification tangible d’une part de l’existence du corps comme substance, et d’autre part de celle du miroir comme matérialité, empêchant ainsi toute dérive métaphysique ou contemplative. Ainsi, ce que l’artiste expérimente et constate vingt-huit fois dans cette version, ce n’est pas son image au fil du temps telle que les autres la voient, mais l’intérieur de son corps en tant que machine organique qui fonctionne en permanence et qui échappe à toute pensée, toute décision et toute volonté.
Cette tentative de contact physique et sensoriel du sujet avec lui-même est paradoxalement rendue possible par cet air vital venu de l’en dedans et projeté vers l’en dehors, vers ce monde extérieur dont le miroir est la première paroi. La double médiation de la surface du miroir, qui garde l’empreinte visuelle de celui qui la regarde, mais se brouille telle une surface sensible, amène la photographie à dépasser ici son simple rôle de représentation d’un fait ou d’une situation. Le miroir s’affirme dès lors comme une sorte de double de la lentille de verre qui permet la création de l’image et que l’on nettoie souvent de son propre souffle, et l’image que regarde le spectateur devient l’équivalent du négatif photographique. Dieter Appelt met dès lors en dialogue le mécanisme de la perception humaine et la nature optique de la photographie.

← Œuvre précédente Œuvre suivante →