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Dessin
Apprentissage / Écriture / Énoncé

Alighiero Boetti

Turin (Italie), 1940 – Rome (Italie), 1994

Cio che sempre parla in silenzio è il corpo

[Ce qui parle toujours en silence est le corps], 1974

Mine graphite sur carton

35,5 x 202 cm

Achat en 1997
Centre Pompidou, Paris Musée national d’art moderne / Centre de création industrielle


Écrire la même phrase, au même moment, d’un seul geste, à l’endroit de la main droite et à l’envers de la main gauche sur deux feuilles de papier horizontales identiques, telle est la performance accomplie à plusieurs reprises, durant les années 1960-1970, par Alighiero Boetti, imminent spécialiste du langage.
Si écrire à l’envers était une des spécialités de Léonard de Vinci, il s’agit chez Alighiero Boetti – au-delà de la prouesse technique et mentale – d’une mise en miroir du langage, de la pensée et du réel. En 1968, lors d’une des toutes premières actions de cette série, il écrit de la main gauche : « Scrivere con la sinistra [Écrire de la main gauche] » et en même temps de la main droite : « e disegnare [c’est dessiner] », un bras répondant à l’autre tout en formant une boucle mentale. En 1974, la phrase devient énigme autant que parabole : « Ce qui parle toujours en silence est le corps. » Il situe même cette action géographiquement : « La main droite écrit vers le Nord, la main gauche vers le Sud. »
Quel est donc ce silence du corps ? De quoi nous parlerait-il à travers le double geste d’une amplitude qui se joue des possibles et des limites du corps lui-même ? Nul ne le saura, tant l’artiste aime à brouiller les pistes pour mieux laisser l’œuvre ouverte. Cette suite d’écritures nous désigne néanmoins un artiste qui s’auto-analyse, orchestre le réel, réalise des dessins au sein desquels l’instance créatrice se double, se reflète et se regarde, et parvient ainsi à représenter un homme contemporain sans cesse divisé entre le moi et l’image du moi, le réel et les représentations du réel, le monde et ses apparences ou ses illusions.
En déployant physiquement, spatialement et poétiquement le territoire de l’écriture, l’artiste nous suggère ainsi d’autres manières de « poser les yeux sur », de nouvelles conditions du voir.

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