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Sculpture
Cercle et sphère

Dominique Ghesquière

Pensacola (Floride, États-Unis), 1953 – Vit et travaille à Paris

Carton

2011

Carton, cristal

39 x 29,5 x 20 cm

Courtesy Dominique Ghesquière et Galerie chez Valentin, Paris


Ce carton usagé pourrait tout d’abord passer totalement inaperçu, à l’instar des cartons abandonnés dans la rue, puis susciter l’étonnement : que peut bien faire un tel carton au cœur d’une salle d’exposition de musée ? Dominique Ghesquière s’attache la plupart du temps à troubler ainsi le regard du visiteur en utilisant des matériaux ou des objets dont le réalisme le perturbe et la présence lui échappe. Le titre sec et bref de l’œuvre – Carton – nous laisse pourtant bien entendre qu’il ne s’agit que de cela et que l’on ne pourrait s’arrêter qu’à cela ; néanmoins, le doute persiste quant à son utilité et sa définition réelles.
Évacué de son titre, le contenu du carton – et donc le carton lui-même – est en réalité bien différent de ce à quoi l’on peut s’attendre. De manière tout à la fois surréaliste et absurde, ce qui gît au fond ressemble à une épaisseur d’eau parcourue d’ondes circulaires. Pourtant, ni l’eau ne s’écoule, ni le carton ne s’humidifie. Se joue donc, entre contenant et contenu, une série de notions ambivalentes ou contraires : solidité et liquidité, banalité et préciosité, réalité et fiction. De même, il semblerait bien que les propriétés de dureté et de solidité du carton aient influé sur la fluidité de l’eau jusqu’à la solidifier. Aussi ne peut-on plus déterminer si c’est la structure du carton qui a donné cette forme à l’eau, ou si c’est l’eau qui permet presque au carton de garder sa forme originelle et de ne pas se déliter malgré sa présence.
Carton atteint ainsi un caractère assez abstrait et symbolique en rassemblant des éléments tout à la fois concrets et imaginaires, tangibles et allégoriques. À l’instar des contes et des fables, l’œuvre évoque dès lors quantité d’histoires sans toutefois risquer une signification ou une explication unique. En revendiquant finalement un certain non-sens, afin de résister à la quête incessante de communication, elle laisse le visiteur à sa propre perplexité, mais le réjouit de par sa poésie.

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