Anika (Study for Ocean Without a Shore), 2008 [EXTRAIT]
Bill Viola
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Anika (Study for Ocean Without a Shore)
Anika (Study for Ocean Without a Shore)
Anika (Study for Ocean Without a Shore)
Video
Fenêtre et porte / Femme

Bill Viola

Queens (New York, États-Unis), 1951 – Vit et travaille à Long Beach (Californie, États-Unis)

Anika (Study for Ocean Without a Shore)

[Anika (Étude pour l’océan sans rivage)], 2008

Film sonore en couleur Performeuse : Anika Ballent

9 minutes et 3 secondes

Collection particulière, Paris


Telle une apparition en noir et blanc, une jeune femme émerge d’un fond obscur, les deux bras tendus vers l’avant. Soudain, le contact entre sa main et une paroi jusque-là invisible crée des éclaboussures matérialisant un rideau d’eau. Le passage d’un côté à l’autre de celui-ci permet la métamorphose de l’ombre en lumière, du noir et blanc en couleur, du spectre au corps incarné. Anika est donc le temps d’un instant parmi nous et le mur semble presque s’être dissout, puis s’en retourne d’où elle est venue après nous avoir adressé comme message sa seule présence fantomatique.
Cette vidéo fait partie de l’ensemble Ocean Without a Shore – titre inspiré d’un écrit du maître soufi andalou Ibn Arabi – réalisé par Bill Viola pour la petite église San Gallo à Venise. Attiré tout d’abord par les trois autels qui en rythment les murs intérieurs, il les a considérés comme des seuils où les morts peuvent venir se connecter avec les vivants de par la prière. Il a donc réalisé pour ce lieu une œuvre évoquant ce passage entre la vie et la mort en mettant en scène des retours temporaires du monde des ombres à celui de la vie, de la lumière et de la couleur. Bill Viola souligne qu’au cours des discussions avec les différents protagonistes des vidéos, il a pris conscience que tous ont connu une perte, grande ou petite. Il n’était donc plus nécessaire de les diriger pendant le tournage, comme si le mur d’eau avait lui-même créé une atmosphère suffisant à leur faire percevoir l’expérience symbolique que chacun allait incarner : celle propre à la condition humaine face à la mort, au deuil et à l’oubli.
Cette œuvre utilise une technique particulière créée spécialement pour l’occasion. Celle-ci consiste à enregistrer la même scène simultanément à l’aide de deux caméras : une caméra de vidéosurveillance en noir et blanc âgée de vingt-cinq ans, et une caméra de toute dernière génération offrant une excellente résolution. Les deux images se superposent ensuite de façon synchrone à l’endroit exact du mur d’eau. Elles font sens ensemble, comme le passé et l’avenir de la vidéo, mais également comme les deux côtés de notre monde. Car, au-delà de la technologie, ce mur d’eau symbolise la frontière entre le jour et la nuit, la vie et la mort, la terre et l’au-delà. Il révèle également la présence des morts parmi les vivants, en réalisant des renaissances fragiles et fugaces, immatérielles et spectrales, mentales et impensables.

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